La compagnie des loups

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Après une longue pause de deux semaines où je n’ai lu pratiquement aucune pages sauf de ce recueil de nouvelle, je reprends le rythme habituelle de mes lectures petit à petit. Je ne saurais expliqué pourquoi ni comment mais le fait est que la période d’Octobre est assez souvent similaire à suicide créatif de ma part. Ajoutons à cela ce côté morbide de mes lectures passées qui, je dois l’avouer, m’ont causé un choc par leur contenu ; La Compagnie des loups est dans ce même registres où les phrases sonnent avec plus de célérité et de passion encore que L’Exorciste. C’est la quatrième de couverture séductrice qui tel un cercueil de beauté m’a ravie dans des contrées hors du temps, de l’espace ; un pays imaginaire où plusieurs histoire découlent d’une ambiance parcheminée à l’érotisme. Cependant oubliez tout de suite les Fifty Shade Of Grey ; celui-ci réside dans l’anonymat par l’implacabilité de ses tournures de phrases ô combien magnifiques. Un vrai régal pour la littéraire que je suis !

Je songe à la difficulté d’écrire un avis constructif sur un  recueil de nouvelles. Comment peut-on être juste en quelques paragraphes ? Comment vous faire comprendre la litanie esthétique dont recèle ce joyaux que je ne cesses de relire ou, tout du moins, certains passages. J’ai gribouillé presque toutes les pages car la magie des mots est on ne peut plus véridique et tient dans la subtilité, la poésie, l’effervescence, la profondeur des thèmes abordés. Grand amatrice de contes de fée, je suis tombée sur le trésor de tous fan qui se respectent, des nouvelles ni trop longues ni trop petites censées nous combler de leur bienfaits. Attention néanmoins, La compagnie des loups n’est pas à mettre entre toutes les mains surtout pas à celles d’enfants innocents car ce bijoux sécrète des réflexions très sombres, très difficiles à comprendre. Il a été d’ailleurs vaste pour moi et, je sais que, si je le relis, je découvrirais autre chose, d’autres sens ; définition même d’un chef d’oeuvre. Dans la préface est dit qu’Angela Carter avait étudié Sade durant ses études, en a fait une thèse publiée ; pourquoi s’occuper d’un écrivain véreux, d’un dangereux homme frisant le malsain dans tous ses textes ? Amoureuse de l’ingéniosité, de la créativité de certaines personnes je me suis pendue de joie par cette pensées égarée, philosophique de l’auteur qui, non sans tact nous explique que les femmes peuvent être libérer, deviennent le bourreau. Je ne suis pas aussi talentueuse qu’Angela et je vois bien que je rends ses paroles un peu incompréhensives. Il faut lire pour réaliser que ces nouvelles sont des perles.

Reprenant les contes célèbres de notre insouciance, c’est une fileuse de fils d’or qui relie l’esthétique au récit ; de Barbe Bleue elle en fait un monstre, de la Belle et la Bête elle en fait des êtres brisés où se complet un bout de la pensée de Sartre, Alice, Blanche-Neige, Le chat botté (cette nouvelle est la moins aimée), tous les personnages naufragés qui nous ont permis de grandir, de nous construire sont mis en scène par une atmosphère, une ambiance assez noir. Pas d’humour, pas de légèreté, nous entrons dans un temps imaginaire qui de limite n’en a pas. Ce sont des mots éparpillés qui prennent leur force dans ce que nous sommes, chacun interprétera de façon différentes quand bien même il y aura quelques minces filets de bonheur éparpillés. Ce livre est subjuguant non pas dans le sens où je n’ai pu le lâcher jusqu’au l’entièrement du jour mais par les passages d’une magnificence époustouflante où mon coeur battait, se rompait pour apprécier le chant des événements. Je crois que me répète mais je suis tombée amoureuse comme une belle écervelée de la plume aiguisée de l’écrivain. J’ai mangé, j’ai dégusté, j’ai aussi réfléchi sur la définition de certains mots, cela m’a motivé pour écrire, à attiser peut-être ma jalousie de m’avouer que je ne dépasserais sûrement pas ce talent un jour. Il est marrant de constater que je n’ai pas grand chose à dire, à analyser, la grande chose qui m’aura marqué est le style palpable de l’écrivain, transcendant les maux et transportant dans les limbes de la narration.

La magie de la littérature prend encore une fois son sens avec La Compagnie des loups qui, loin de se détériorer restera, je pense, un livre phare pour tous amateurs de contes transposés dans notre présent. D’ailleurs Angela, loin de reprendre au mot dit l’univers globale de ces récits d’apprentissage en métamorphose le sens : des jeunes filles enlevées mises aux mains des bourreaux qui prennent pouvoir à leur tour. C’est un essaie sur le féminisme, une satire sur l’illusion des hommes que de condamner la femme à rien d’autre qu’un corps. Ce recueil n’est pas dans le même genre que les livres que l’on vend aujourd’hui, contemporains, racontant une histoire, La compagnie des loups est bien plus, nous fait réfléchir sur des thèmes cachés, sur des secrets voilés, on en ressort grandi plus attisé. J’apprécie énormément la trilogie de Sarah Pinborough : Poison, Charme et Beauté ce dernier je dois bientôt lire et, à elles deux, développent une modernité à leur manière. Nous revenons à l’essentiel des contes de fée : celui de nous éduquer, de nous faire prendre conscience de certaines choses, par la richesse textuel chez l’une, par l’humour et l’intrigue chez l’autre. Choisissez, vous en ressortirez comblé.

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Soleil Vert

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Avec un gout amer au travers de ma gorge j’ai la déception ténue face à cet ouvrage dont j’avais tissé quelques espérances. Grâce à mon professeur de cinéma l’année dernière j’ai pu apercevoir le début du film (le générique en réalité avec une musique qui rentre dans le crâne) attirantes photographies cousant une intrigue particulière. Alors, dans la librairie j’ai pu ravir le livre avant de voir le film (principes, principes). Seulement la profondeur des idées développées restent muettes tandis que la surface se noircit par des personnages, des événements, un embouteillage de moments piétinant une trame de base censée s’élever dans un zénith d’intelligence. Reste d’une déception au creux des désirs.

 

Oeuvre de science fiction, les personnages vivent dans un univers dystopique très proche du notre, manque de nourriture, manque de ressource, la population augmente quand la terre stérile ne procure plus rien comme richesse à la survie de la population. Ce fut l’idée centrale expliquée par quelques phrases tout au long du récit ; une diatribe d’un vieil homme également, intelligente, nouée dans la colère d’un peuple de plus en plus grand. Quelques fois j’ai pris peur, durant quelques secondes, monde ressemblant au notre, encore plus à présent qu’il y a quelques années. J’ai médité quelques fois, pas suffisamment toutefois pour ressentir pleinement le discours politique que l’auteur cherchait (peut-être, rien n’est moins sûr) à nous faire comprendre. Discours écologique en avant garde de son temps. Drôle d’effet de voir les précisions, la date aussi de la cette dernière page qui énonce cruellement l’année 2000 comme une déchéance complète. Encore cette terrible désillusion quand j’attendais quelques informations importantes rajoutées dans le film qui ne se trouvent pas dans le livre, informations augmentant les effets dramatiques de cet univers.

 On patauge dans une histoire, un personnage principal sur lequel s’accrochent d’autre personnages, seulement leur psychologie laissent une saveur d’inachevée, de même que les événements s’enchaînant rapidement, les explications ne suivent pas (en tant que lectrice aimant s’immerger complètement j’ai été noyée dans le vide, un néant de superficialité) concernant cette planète à la dérive. Pour le coup, de repères je n’ai pas perdu, pour le coup quand j’ai réalisé que je n’aimais pas lire ce roman la suite de la lecture devint un Everest que j’ai gravi avec difficulté. Une fois réalisé que le récit édictait des faits avec une conclusion (et encore je suis gentille car s’il avait pris ce parti pris en soignant son style, il y aurait peut-être eu autre chose que de la lassitude) sans émotions, sans baffes, sans bousculade (regarde lecteur, prend peur) j’ai compris qu’il n’y avait rien qu’une histoire là pour procurer un semblant de plaisir.

 

Or, ce que je reproche, hurleuse chieuse que je suis (j’assume oui oui) c’est ce manque d’équilibre flagrant, ce manque de motivation de la part de l’écrivain qui allonge ses phrases, les transforment en action sans raison particulière. L’enquête même n’est pas une vraie enquête tout comme la dystopie n’est pas une vraie dystopie. L’écrivain se focalise sur un point important (ici le manque de nourriture) sans apporter autre chose, sans développer sa pensée. Pour cela, pour une idée méritant un discours percutant qu’elle n’aura jamais (sauf dans le film, tous mes espoirs reposent maintenant dans le visionnage de l’adaptation cinématographique) je suis en colère. Il aurait pu faire quelque chose de grandiose et rien n’est pire que ce gout de frustration brûlant sur les lèvres. Amatrice de sensations fortes, de voyages au creux de l’enfer quand je me noie dans les pages, je n’ai eu qu’un simagrée déroutant négativement, une superficialité noyant le bon dans une bourbe d’artificialité. Il tenait quelque chose, une bouillie informe a surgit au lieu d’un big bang d’ingéniosité.

Corniche Kennedy

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Corniche Kennedy c’est une falaise au vent des libertés, au zéphyr des sensations juvéniles, à l’insouciance des actes et paroles crus, puissantes, divines ; Corniche Kennedy c’est un style haché, noyé dans le rythme dynamique, hyper-actif des jeunes paumés de notre société. Il y a du dialogue encastré dans la chair du récit, il y a des descriptions encrées dans les sensations mouvantes, cruelles de ces trois personnages sublimes. C’est surtout une plume qui percute, qui ne laisse pas indifférant. Maylis De Kerangal propose une épopée enfantine, où les adolescents vibrent de leur corps, de leur être, tremblent face à cette recherche de soi tandis que l’adulte rôde sous la personnification d’un personnage rêvant de retrouver sa jeunesse perdue.

C’est un rouleau de sensations, pas de dialogues, ce qui peut perturber le lecteur au premier abord, les paroles sont harmonie avec les descriptions, les gestes des personnages. Dans ce roman le temps va vite, il essouffle, il happe l’esprit, il étouffe, c’est un rythme soutenu, une mélodie où chaque instant dégringole dans un enfièvrement d’actes grisant pour ces jeunes souhaitant une liberté sans borne. En cela les mots, les phrases de Kerangal sont authentique, forts, riches, justes ; ils percent un trou dans le coeur du pauvre lecteur qui suit les aventures, ce sourire aux lèvres tandis qu’il rêve lui même de sauter par dessus le danger, d’affronter sa peur pour devenir plus fort. C’est cela grandir n’est-ce pas ? L’amour nait entre deux protagonistes, l’une est riche, l’autre respire le jeu du masque quand il cache une âme gelée de douleur. Le sentiment bourgeonne non pas de manière niaise, délicate, c’est un déferlement de questionnement, de doutes, d’attirance retranscrit magnifiquement bien. C’est le lecteur qui ressent, avalanche s’écroulant grâce aux longues phrases ne laissant pas de répit. Ce qui est admirable c’est l’enchaînement des mots, des actions, des répliques qui ne forment qu’un tout au long du récit ! Garder un rythme, une harmonie sans longueur est une prouesse, un talent.

Quelques rares fois au cour de cette expérience je n’ai pu m’empêcher de faire la comparaison avec Peter Pan, plusieurs Peter Pan modernes en réalité : la dualité entre l’adulte et l’adolescent est omniprésent, offre un contraste vibrant. Il est vieux policier s’occupant d’histoires criminelles avant de s’échouer sur la falaise, son devoir imposer un ordre illusoire. On pourrait presque dire qu’il a un rôle de muselière face à ces jeunes ivres d’espérances, d’insouciances tandis que ces derniers ne sont qu’émotions pures, brutes ; ils vivent dans la chair, dans le présent, écoutent leur instinct sans se poser de questions, la raison disparaît au profit de la vie simplement, celle du coeur et non de l’esprit. C’est beau de voir les caractères, les comportements différents qui, collés l’un à l’autre augmentent l’état de l’un et de l’autre, entre en collision, se croisent, se rejoignent. Monsieur Vieux est la figure de l’avenir pour ces jeunes à l’avenir incertain, ces jeunes la figure du passé pour Monsieur Vieux.

Déçue cependant de la fin, je n’ai pas compris peut-être ce que l’auteur voulait dire, ce qu’elle voulait démontrer ; c’est un uppercut dans la gorge cette fin abstraite, brouillon qui laisse une trace livide sur son passage. Comme une peinture désagrégée par un coup de ciseau placé sur un élément important de la toile, la fin brise la magie du rythme, la falaise, cette falaise personnifiée, personnage clé du roman s’efface, les trois adolescents et Papy Opéra également dans une écume frustrante. Plus j’y songe, plus je me dis que la fin prête à trop d’interprétation possibles, à trop d’ouverture imaginative ce qui n’est certainement pas le bon choix pour une dynamique aussi dramatique, aussi intense. J’ai refermé le livre avec un gout amer aux lèvres. Pourtant c’est un récit atypique grâce à cette plume enchanteresse, un roman vecteur d’émotion dans une tempête de sensation. Il faut s’habituer au début de cette danse au parti pris de ce style original, un vrai style à la beauté des mots, à la beauté des tournures, à cette recherche d’esthétique permettant une large palette de sensations. La lecture est unique, dépaysante, plaisante.

Une éducation libertine

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Il est difficile de faire un plan construit, de rédiger un article sur ce chef d’oeuvre qu’il m’a été donné de lire : conseillé par feu une amie j’ai su que je l’aimerai en écoutant ses paroles élogieuses, elle n’en a pas dit grand chose en réalité mais cela a suffit légèrement à me rendre curieuse. C’est sa plume, raide, aiguisée, servant au macabre, au funèbre. Puis les personnages que l’on déteste, sursaut d’affection le temps d’une ligne, d’une page, pas plus. Les décors rejoignent la plante cadavérique, les descriptions taillées dans une agonie insupportable, époustouflante, enfin le discours pessimiste, dérangeant (à ne pas donner dans les mains de tous).

Le roman dégorge de références, de clins d’yeux culturel que Del Amo refaçonne, redessine au ton de sa personnalité, ainsi l’on découvre un personnage sortant de sa campagne natale, fermier d’origine, fils maltraité par des parents décrits comme des bêtes plus que des êtres humains ; Gaspard rappelle l’anti-héro de Flaubert dans L’éducation sentimentale, d’ailleurs, le titre du livre Une éducation libertine lui fait écho, inverse les espoirs et les rêves, les élans passifs et mous pour forger une histoire à contre sens. Il bâtit, au fil de sa plume, des décors somptueux de macabres, là encore, une réminiscence des poèmes de Baudelaire (Une charogne surtout), des mots durs, tranchant, taillant dans l’âme du lecteur, tissant un sentiment de malaise, de dérangement intense au fil des pages. Nous, pauvres lecteurs, ne sommes pas en sécurité en lisant, en s’abreuvant de cette fascinante narration, chaque phrase délite, détruit avec ironie, avec amour aussi nos espérances et notre attachement à ce personnage principal qui, peu à peu, se transforme dans un voile d’agissements néfastes, dans un drapé d’ambition. Jean Baptiste Del Amo nous donne à voir un être singulier, un être pauvre, misérable au début de ce conte barbare avant sa rencontre diabolique avec Mr Noblesse, Richesse, Ennui, Mephistopheles vêtu d’un sourire, d’une aura nébuleuse, personnage puissant, rôdant par son absence, marquant par sa philosophie sadienne.

Les personnages s’équilibrent, valsent autour d’une figure naïve puis manipulatrice, plaintive enfin suicidaire, c’est un long cheminement, un sentier en apothéose sublime, en apesanteur d’un vide, d’un désespoir, d’une tristesse : Gaspard ne possède pas d’identité, tout d’abord ouvrier, exploité, ensuite corps éphèbe convoité, il est cet étranger à lui même, âme pur façonné dans le charbon d’idée venimeuses, de cet homme pervers exerçant une emprise absolue. Gaspard nage dans un océan de boue, de bourbe, côtoie la plèbe, fait parti de l’étau de la misère dont il va se détacher petit à petit, ses rêves légitimes s’essoufflent pour se métamorphoser en désillusion, pour, eux aussi, se déployer dans un sursaut d’ailes noiraudes. On le voit vivre, on le voit se développer, on le voit bourgeonner mais pas de cette façon amicale, ainsi l’écrivain joue-t-il avec nos nerfs, avec notre attachement lui aussi délité par une évolution à satirique. Au début jeune homme à fleur de peau, à la fin…

L’on ressent, c’est certain, mais pas du bonheur, l’on nage dans un monde glauque, descriptions empoisonnées, lourdes, sèches tissant de leur phrase un sentiment de malaise intense pour le lecteur. Il faut être averti, de bonne humeur, ouvert pour aborder ce roman, l’on n’en ressort pas indemne. C’est la force des mots employés, de la musicalité, du rythme aussi, surtout, lent, regain épuisé, monologues pathos, sentiments dépités, c’est une vie mais quelle vie au final quand on décrit toute la mocheté du monde, quand on fabrique une aura, une atmosphère si lugubre, enlevant nos tripes, nos sourires ? Il ne plaira pas à tout le monde, c’est aux amateurs de malsain à qui il plaira le plus, à la complexité tortueuse de certains être humains.

L’oubli

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Lu depuis quelques mois ou quelques semaines (ma notion du temps a le mérite de trouver le néant sur son passage) j’ai repensé à cet ouvrage décrit comme un chef d’oeuvre, encensé par la critique et aimé par son public. Malheureusement, je ne suis pas une heureuse comblée par cette litanie plaintive, par cette réflexion se voulant choquante, poignante. Sur mon chemin j’ai trouvé des phrases volumineuses, criant l’in-sincérité, des phrases plates, appelant à la gloire. Des romans sur la seconde guerre mondiale, sur la Shoah sont édités chaque année mais celui ci était conté par une jeune fille, une de mon âge ayant perdu ses grands parents dans ce moment innommable de l’histoire.

Une voix se pose sur les lignes, l’histoire s’efface pour un cri dans la nuit, il s’agit d’une jeune narratrice, insomniaque, prise sous l’étau des angoisses opaques des ténèbres. Elle songe à ces vies perdues dans cette guerre et le génocide, d’histoire il n’y en a pas. Ce n’est pas dérangeant, les monologues peuvent être intéressants si seulement elle ne se focalisait pas sur son ambition, car ses mots tintent mais semblent gravé dans le rien. Le problème c’est qu’on ne ressent rien. Pas même de compassion, pas de tristesse, pas de choc… rien. J’ai été surprise je l’avoue, de lire certaines critiques élogieuses concernant ce premier roman, certes elle a vingt trois ans, fait déjà parti de la rentrée littéraire, mais l’ouvrage est médiocre. Il y a ce gout amer sur les papilles, ce sentiment de trahison (c’est d’ailleurs pour ça que j’évite de lire des avis avant d’avoir forgé ma propre opinion) qui nous vendait un livre intense, où la beauté du vrai suintait dans les pages ; je n’ai trouvé que des figures de style comblant le vide de la réflexion, des métaphores filées pour se donner bonne allure.

Pourtant l’idée générale pouvait séduire, le point de vu d’une jeune fille de notre génération, cette génération qui grandit, qui n’a jamais vécu la guerre. Le roman pouvait plaire, pouvait donner une secousse aux lecteurs malheureusement il reste fade, creux, plat ; c’est l’envie de terminer le plus vite pour s’en débarrasser qui étreint.

La lettre écarlate

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Lors de mes pérégrinations quotidienne dans ma librairie mon regard s’est porté sur cette jolie couverture au joli titre, folio étant une valeur sûre je savais que je ne serai pas déçu de cette lecture. En effet, ce fut une belle découverte, de part son style délicat, de l’esprit de l’auteur et des personnages façonnant le roman.
Les scènes se mêlent, se construisent dans un écrin d’émotions sublimes, la peur, la tristesse, la compassion, la révolte pour le sort de la pauvre Esther dont on se prend d’affection. L’histoire se déroule dans l’aura lugubre d’un nouveau monde où les colonies et la religion prospèrent tandis que le péché est puni par d’horrible actes ; ainsi il est question du plus dur crime jugé à cette époque : l’adultère. Et pourtant l’auteur ne juge pas, n’insulte pas son personnage qui a fauté, ne l’accable pas de terribles jugement, au contraire. Il pose Esther sur un piédestal d’une sainte, de Marie Madeleine cherchant la rédemption. Elle est décrite d’une manière telle qu’on se lie d’affection, qu’on aimerait la prendre dans nos bras et lui dire que le courage la définit, nous rassure et nous apaise, nous inspire et nous instruit. Elle a porté en son sein une sylphe ou une ange, une enfant, elle aussi merveilleuse tantôt chérubin, tantôt diablotin. C’est un talent de montrer la dualité qui entoure le caractère d’un tout jeune personnage, la décrire comme un personnage de conte de fée.
Les descriptions, d’ailleurs, vivent, vibrent sous les mots, le vent siffle à nos oreilles, les cris, les comportements bourdonnent dans l’énervement du lecteur car Esther, ce brin de femme est jugée comme une paria, vit comme une recluse pour un crime religieux. Le livre a été rédigé à l’époque trouble où le catholicisme était omniprésent dans l’existence des anglais construisant une nouvelle aventure dans les terres immenses, riches et pures de la nouvelle Amérique, pourtant les sentences, les moeurs, la bassesse des colons est réaliste, tellement que plusieurs fois j’ai réfléchi et j’ai constaté qu’à notre époque également, sur d’autre sujet, la méchanceté se trouvait encore dans certaines paroles.
Ce roman reste intemporel car il dépeint l’humain dans sa splendeur et sa misère, l’ouvrage est construit même si les langages et interactions paraissent anciens, dans la manière des ancêtres à manipuler les mots dans une sorte de théâtralité qui dépasse le naturel. Ce sont les descriptions de la nature, cet équilibre parfait entre action et contemplation qui dessinent l’oeuvre d’une forme délicate et extrêmement plaisante. Les émotions, les sentiments, la compassion, et la plume de l’écrivain ajoutent un moment d’égarement intense, un voyage dans l’histoire.

Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins.

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Un chef d’oeuvre dont mes yeux raffolent, il était temps de vous avouer que pour la quatrième fois cette perle de littérature ne cesse de m’éblouir. Je plaide coupable, le film d’Adrien Lynn m’a aidé à relire cette pépite dans le sens où je l’ai regardé plusieurs fois pendant une semaine essayant de déceler les facettes de cette pellicule particulière qui m’a tant plu et éminemment respectueuse des éléments de l’ouvrage. Bien évidemment nous ne pouvions pas demander au réalisateur de choisir une petite fille de douze ans dans le rôle de Lolita car le livre, parlons-en, relate en effet l’histoire d’une relation pédophile. L’oeuvre dérange, fascine, déroute, horripile. Qui ne connait pas encore Lolita devrait se jeter sur les tables des marchands humant ses pages admirables !

Je ne suis pas de celle qui cautionne la pédophilie loin de là, et je pense que personne ne pourrait approuver un tel acte, pourquoi alors, ce livre fut un succès phénoménal à sa sortie dans les années 60 ? Tends-je à proposer une réponse dans ma diatribe, celle du style magnifiquement ouvragé qui nous est proposé dans les lignes de ce roman, celle de la poésie qui ensorcelle les lecteurs avides de beauté. Des sous-entendus effrayant par leur animalité et ce qu’ils rejettent de monstruosité, des métaphores coulant entre toutes les pages, de nombreuses figures de style à me faire pâlir par mon non talent face à un chef d’oeuvre encore gravé dans notre époque actuelle. C’est plus qu’un tableau de relation malsaine, ambiguë que ce coquin nous peint ; c’est une fresque gigantesque sur les mœurs des Etats-Unis il y a plus de cinquante ans environ. Et pourtant ! J’ai ressenti grandement les émotions des personnages, j’ai vécu la déroute, la vadrouille, les désirs de ce personnage richement complexe. J’ai assisté aux événements sans me lasser, prenant un temps large pour déguster les mélodies de cette littérature. Bien évidemment Lolita nous fait réfléchir, nous cogne sur la tête par ses nombreux secrets dépecés à chaque relecture, à chaque année. Je vous le dis, l’unique livre qui arrive à m’encenser, à me fasciner si un monstre des marécages me poursuit en me posant cette question redoutée, je lui déclamerais qu’il s’agirait de celui-ci !

Excepté ce côté affreusement scandaleux d’aborder un sujet malsain comme Nabokov a osé le faire ; c’est de son personnage principale, le narrateur qui interpelle, qui obsède, qui dégoûte par ses mémoires. Quatre fois ! Quatre fois lectrice pour découvrir que celui-ci portait tous les défauts de la terre ! De nombreuses discussions enchaînées par des amies, l’une me disait qu’elle l’exécrait, l’autre me disait qu’elle l’adorait… je m’embourbe dans la négation de l’affection pour une première fois. Humbert Humbert passionne les psys je n’en doute pas car il porte sur ses épaules toutes les maladies du monde : narcissisme, cruauté, sadisme… et pourtant il n’en demeure pas moins un homme avec toutes ses faiblesses. Quand on le remarque cela ne rend pas moins le livre plus effroyable. Comment a-t-il osé écrire des pages, noircir des pages pour exprimer un amour à une petite fille ; certes cela aurait été beau mais n’oublions pas le sujet principal. Cela traîne sur tous les mots ce goût métallique de la perversion et, les comportements de ces prédateurs sexuels sont concordant, très bien expliqués liés dans l’histoire elle-même. Par une explication (car je grappille des essaie sur de nombreux sujets) j’ai appris que dans les années 50 les gens ignoraient tout de la pédophilie, pour eux ce fut impensable de s’imaginer un acte pareil !

Le livre démontre encore une fois son pouvoir intemporel car ce sujet brûle sur toutes nos lèvres ou, tout du moins hante nos esprits quelques fois bien qu’il soit correctement tabou dans nos société : on n’en parle pas. Devrait-on lire ce roman sachant que ce sujet épineux est relaté d’une manière méticuleusement formidable par le style de l’écrivain ? Ou bien devrait-on s’offusquer pour une mise en abîme de ces monceaux de crimes ? Je ne préviendrais pas que les descriptions s’enchaînent, que certains risqueraient de laisser l’œuvre à le renverse par un flot de paragraphes qu’ils considéreront indignes d’être lu (je le répète dans ma démesure de fanatique à aime ces pages d’images ; la description est importante pour s’apercevoir du caractère et de l’état des personnages, en l’occurrence ceux-ci nous dépeigne une Amérique esclavagée par le rêve Américain qui est raillé par la plume de l’artiste). Je vous laisse à cette pépite si vous le courage vous en dit, un drôle étrange sentiment vous ceinturera l’abdomen quand vous le refermerez ; une expérience appétissante, dérangeant que Lolita.