Liebster Award

Grâce à ce petit loup je renoue avec les TAGs littéraires, articles plaisant de lire car ils rapprochent et nouent un dialogue surtout celui là ! Malheureusement je ne sais pas vraiment parler de moi alors je m’excuse d’avance si ces onze points vous paraissent insipides. Le but de ce TAG : raconter 11 choses […]

Throwback Thursday 1

Plusieurs fois j’ai vu ce rendez-vous et j’ai voulu tenter moi-même. Le principe est simple, chaque jeudi un thème est donné, un mot dont le but sera de donner un titre d’un livre.

Aujourd’hui le merveilleux, et quoi de mieux de vous présenter le merveilleux qui a bercé mon enfance, mon adolescence, et encore maintenant il bat fièrement dans mon coeur. Ce cher Peter monsieur l’enfant monstre (non parce que vraiment Peter n’est pas un ange) celui qui, pour se protéger de la vie des grandes personnes façonna le pays imaginaire. C’est la magie de l’enfance qui est conté dans ce fin roman, c’est une richesse incroyable,e une matière à réfléchir aussi. Si vous saviez le nombre d’heure que j’ai passé devant mon écran pour approfondir mes analyses, mes hypothèses, mes pensée sur ce roman. Il faut le dire il hante mon existence d’une manière extrêmement positive et j’ai l’espoir qu’un jour je le lirai tous les jours à mes enfants !

 

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L’exorciste

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J’avais dit que je lirai L’Exorciste de William Peter Blatty ce mois-ci tout du moins, je l’avais chuchoté dans l’oreille d’une amie qui s’est aussitôt écrié. Une autre m’a encouragé car elle l’avait lu, prédécesseur virtuose des mots, je me laissais tenter avec des souvenirs d’images d’horreurs ancrées déjà dans ma rétine. La couverture n’a rien de monstrueux, simple comme l’atteste le style chirurgicale, clinique, un style de journaliste qui sied bien à sir William ; elle démontre également un détachement certain concernant les personnages. Que cela ne tienne tout peut être dérangeant, angoissant, horrible dans cette œuvre plébiscitée ayant donné naissance au film base qui, encore aujourd’hui est une référence pour les nombreux cinéastes qui se lancent dans la terreur occulte.

Je commençais mon parcours avec des pensées ténébreuses, déjà la peur me serrait étroitement entre ses griffes démoniaque pour ne pas me laisser en paix. J’en ai même fais une nuit blanche pour ne rien exagérer. Je ne sais ce que j’ai trouvé le plus dérangeant et par cela je dis bien que tout, tout est froid, morbide, à l’image même de l’enfer dont il est question. L’enfer ici c’est une chambre, une chambre d’une gamine qui, par son innocence, son insouciance a découvert la table de oui-ja et a, alors, réveillé un puissant démon. William Blatty manie sa plume comme une épée aiguisée qui pénètre allègrement dans la chair du lecteur, de cela le film est resté très fidèle au livre faisant écho à ce sujet macabre. J’étais angoissée, superstitieuse d’ouvrir à nouveau le livre et d’être possédée à mon tour sans explications logiques, de devenir la gamine enfermée dans son corps, prise dans l’étau glaciale d’un démon, une haine pure, massacrante. Cependant, le roman a exercé sur moi un pouvoir de séduction (je ne le lisais pas la nuit) qui ne me laissait pas capable de l’abandonner, jusqu’au bout j’ai suivi les méandres d’horreurs, le parcours du démon, le combat contre le bien et le mal… et le doute. Car loin de rire sous les secrets qu’il dévoile de la chambre métamorphosée en paradis infernale, il s’amuse à causer  des questionnements tout au long du récit au père Karras. Est-ce que l’évangélique fillette est-elle possédée ou bien cela recèle d’une maladie mentale ? J’ai trouvé, d’ailleurs, le temps très long, je n’attendais que l’exorcisme en lui-même car je savais qu’il s’agissait de possession. Mais ce jeu pervers qu’il entreprend m’a clairement dégoûté. Tout un réseau de fils de fer, de citations, de sujets religieux hurlent dans le livre, la fin même prend des tours philosophique qui m’ont laissé coite par la pertinence des propos. Pourquoi un démon irait s’amuser avec une jouvencelle de douze ans ? Prendre le corps d’une petite fille n’est pas anodin, loin de là, et j’y vois clairement la destruction d’une innocence rafraîchissante par un vieillard âgé par la nuit des temps.

Il est des livres qui nous marquent à l’entonnoir, des livres qui bouillonnent entre nos mains désuètes alors qu’on essaie de percer cette richesse, l’esprit de l’auteur. Si j’ai lu ce livre, si j’ai pensé à cet ouvrage depuis le début du mois c’est parce que je voulais comprendre pourquoi une telle œuvre a été édité. Je ne sais si j’ai vraiment capté, j’ai pu analyser certains côtés et d’autre se sont révélés vains : il a pris un sujet tabou dont on ne parle plus vraiment à notre époque des plus rationnelle, où les croyances à l’occulte ont pour traits des superstitions. On ne voit plus vraiment Dieu de notre temps et le Diable n’en parlons même pas. Et pourtant ! Lorsque j’ai terminé ce livre, quand j’ai assisté à ces scènes noires, corrompues je me suis vraiment demandée où il avait vraiment pu tirer de ses paroles et les donner à Pazuzu. Car elles sont remplies de bile, de vomissures. Dans mon humble âme, innocente et naïve je n’arrive pas à imaginer un si ombrageux dessein que de faire du mal autour de l’entourage de la gamine. On en revient toujours au même point soit dit en passant, celui du dérangement prenant aux tripes. C’est une haine pure, de celle intense, impalpables, incompréhensibles. Je n’y ai pas vu d’allégorie de l’être humain, là c’est pire que tout ce qu’on peut imaginer. J’en perds même mon latin. Néanmoins le livre est très bien renseigné, Monsieur William est un journaliste de base et je pense qu’il a écrit ce livre dans cet esprit, alors pour ce qui est des faits et des informations données je lui fais totalement confiance, j’ai appris de nombreux faits divers qui ont pour cause les faits inexplicables.

Cela fait deux jours que j’ai terminé ce roman pourtant c’est comme si j’avais bu de l’alcool un long et fin breuvage de terreur. Je ne m’en remets pas, les délicieuses promesses de ma PAL attendra encore un ou deux jours pour que je puisse ingurgiter ce contenu. Je ne sais quoi dire d’autre au vu de cette critique, je pourrais vous révéler quelques citations que j’ai surligné au cours de mon périple. J’ai d’ailleurs remarqué que le style froid et sans fioritures pouvait offrir quelque chose de très joli ce qui a pour effet de nous faire froncer les sourcils plus encore. Je ne pourrai conseiller cette lecture aux plus courageux, ceux qui ne croient pas aux démons ni aux diables ni au paranormal, les fans de sensations fortes… seulement personne n’est à l’abri s’il n’y avait que ce sujet de fâcheux, il y a ce qui englobe le reste.

Les fiancés de l’hiver

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Voyage au cœur de l’hiver, le froid tremble, blanc et magique, dépaysant et léger ; au cœur d’une citadelle enneigée, elle vole par l’imagination d’un écrivain bourré de talent. Le dépaysement est complet, on nage d’abord sur une arche familiale où les éclats de rires, le bonheur, l’insouciance naviguent sur les personnages légers dont l’une se révélera l’héroïne d’une aventure d’une vie, sa vie. Ophélie, l’enfant recluse dans son musée se révèlera impératrice courageuse, songeuse, toujours marbrée de faiblesses, de failles la rendant attachante, vulnérable, une jeune fille tantôt banale, insignifiante, forte aussi, décidée ; d’un mariage qu’elle n’aura pas cherché elle sera obligée. Son prétendant est son opposé, Thorn le glaciale tout aussi fascinant que cette enfant fragile ne s’affaiblira pas quand il ressentira un grain d’amour pour cette maladroite, pourtant le couple ne se dessine pas sous de bons auspices, ils ne s’adaptent pas, ne s’adoptent pas au premier abord. Le temps joint ses mains dans une mélodie atypique, réaliste, les deux protagonistes sont construits dans l’équilibre d’un univers maitrisé, d’une relation prenant son temps, paresseuse peut-être mais grisante sûrement. Ils sont deux animaux méfiants qui, au fil des pages, des lignes se rencontreront. C’est mêlé de sentiments, de ce début que l’on a tous ressenti, de ces inquiétudes connues par tous.

Le réalisme prend une teinte légère, le sombre nuancé de poésie quand on s’immerge dans le décor des arches différentes. Anima puis la Citacielle, toujours cette dualité, l’une est progrès tandis que l’autre se montre féroce, sauvage, un territoire inconnu qui se montrera contrôlé par une horde d’une famille dissipée en plusieurs clans. Alors le mariage devient un enjeu politique, les pouvoirs de notre jeune adorée sont convoités pour une ombre livresque mystérieuse. On s’attache, on se débat, on ne lâche pas les pages : jusqu’au bout on partage l’existence à l’origine calme de la demoiselle transformée en tempête, incertitude, incompréhension ; pour survivre, elle se métamorphosera, c’est là une métaphore d’un bourgeon grandit, devenant rose toujours aimant les principes. La neige s’élance au-delà du roman, on sent, on imagine, les esquisses s’affolent dans notre imagerie collective, d’ailleurs, les références font plaisir car elles parlent d’un onirisme artistique : Myasaki puis A la croisée des mondes, symboles d’une jeunesse, d’œuvres merveilleuses ; Madame Dabos dilue ces petits détails sublimant son intrigue, donnant une magie d’un voyage.

On doute de son intégrité avant d’ouvrir le premier tome, mais, dès ces premières pages l’on se sent happé, enlevé pour vivre dans le métro, dans le train, dans son lit, une aventure au-delà du quotidien ; pour voir des planètes de nouveautés, de poésie subtiles, de décors foisonnant. L’auteur nous invite dans son imaginaire, partageant avec nous non seulement une histoire, une intrigue menée avec délice, mais aussi dans un univers coloré, pétillant, acidulé. Une ronde, une danse dans laquelle se réunissent des existences, des caractères multiples. Ils ne sont pas stéréotypés comme la plupart de ces personnages de papier Young Adult, ils sont chair et ambitions, principes et dévotion, force et faiblesses. De personnage que l’on aimera, d’autre que l’on exécrera, les affinités se délitent, tous ont une tâche d’attachement, une humanité dérivant dans leur prouesse de personnalités marquées.

Je craignais, je ne crains plus. Le coup de foudre n’opère pas car la plume semble hésitante (et je suis méchamment sélective sur le style) seulement elle offre vie à toute une palette, tout un monde flamboyant sous des étendues de neiges ; un peu d’Alice aux pays des merveilles aussi apparait par ces manies amusante d’un lieu changeant, d’une zone de confort jouant avec les habitudes de lecture. L’on aime à se blottir dans ce palais, dans ces ruelles, suivant le sillon de notre jeune pousse innocente. Quelques éléments comiques, cocasses s’imbriquent dans le récit par les attitudes vibrantes de nos préférés, des remarques bien senties jaillissant d’entre les lignes. La présence de l’écrivain tressaute de temps à autre, chose que j’ai vraiment apprécié. Elle connait, elle aime son au-delà forgé. C’est une noyade dans le cœur d’un éternel voyage, une invitation sucré de se plonger dans les aventures fabuleuses d’Ophélie et de Thorn, l’inspiration nordique flottera par les noms et les détails de ce pays enchanteur, un conte se formera, renouant pour les grands avec cette sensation de mélancolie d’une jeunesse perdue mais retrouvée avec ce livre dans nos mains. C’est une française représentant ce genre sur exploité aux Etats Unis, qui peint un chemin pour notre pays. Serait-elle la nouvelle Rowling qu’elle le mériterait totalement.

La compagnie des loups

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Après une longue pause de deux semaines où je n’ai lu pratiquement aucune pages sauf de ce recueil de nouvelle, je reprends le rythme habituelle de mes lectures petit à petit. Je ne saurais expliqué pourquoi ni comment mais le fait est que la période d’Octobre est assez souvent similaire à suicide créatif de ma part. Ajoutons à cela ce côté morbide de mes lectures passées qui, je dois l’avouer, m’ont causé un choc par leur contenu ; La Compagnie des loups est dans ce même registres où les phrases sonnent avec plus de célérité et de passion encore que L’Exorciste. C’est la quatrième de couverture séductrice qui tel un cercueil de beauté m’a ravie dans des contrées hors du temps, de l’espace ; un pays imaginaire où plusieurs histoire découlent d’une ambiance parcheminée à l’érotisme. Cependant oubliez tout de suite les Fifty Shade Of Grey ; celui-ci réside dans l’anonymat par l’implacabilité de ses tournures de phrases ô combien magnifiques. Un vrai régal pour la littéraire que je suis !

Je songe à la difficulté d’écrire un avis constructif sur un  recueil de nouvelles. Comment peut-on être juste en quelques paragraphes ? Comment vous faire comprendre la litanie esthétique dont recèle ce joyaux que je ne cesses de relire ou, tout du moins, certains passages. J’ai gribouillé presque toutes les pages car la magie des mots est on ne peut plus véridique et tient dans la subtilité, la poésie, l’effervescence, la profondeur des thèmes abordés. Grand amatrice de contes de fée, je suis tombée sur le trésor de tous fan qui se respectent, des nouvelles ni trop longues ni trop petites censées nous combler de leur bienfaits. Attention néanmoins, La compagnie des loups n’est pas à mettre entre toutes les mains surtout pas à celles d’enfants innocents car ce bijoux sécrète des réflexions très sombres, très difficiles à comprendre. Il a été d’ailleurs vaste pour moi et, je sais que, si je le relis, je découvrirais autre chose, d’autres sens ; définition même d’un chef d’oeuvre. Dans la préface est dit qu’Angela Carter avait étudié Sade durant ses études, en a fait une thèse publiée ; pourquoi s’occuper d’un écrivain véreux, d’un dangereux homme frisant le malsain dans tous ses textes ? Amoureuse de l’ingéniosité, de la créativité de certaines personnes je me suis pendue de joie par cette pensées égarée, philosophique de l’auteur qui, non sans tact nous explique que les femmes peuvent être libérer, deviennent le bourreau. Je ne suis pas aussi talentueuse qu’Angela et je vois bien que je rends ses paroles un peu incompréhensives. Il faut lire pour réaliser que ces nouvelles sont des perles.

Reprenant les contes célèbres de notre insouciance, c’est une fileuse de fils d’or qui relie l’esthétique au récit ; de Barbe Bleue elle en fait un monstre, de la Belle et la Bête elle en fait des êtres brisés où se complet un bout de la pensée de Sartre, Alice, Blanche-Neige, Le chat botté (cette nouvelle est la moins aimée), tous les personnages naufragés qui nous ont permis de grandir, de nous construire sont mis en scène par une atmosphère, une ambiance assez noir. Pas d’humour, pas de légèreté, nous entrons dans un temps imaginaire qui de limite n’en a pas. Ce sont des mots éparpillés qui prennent leur force dans ce que nous sommes, chacun interprétera de façon différentes quand bien même il y aura quelques minces filets de bonheur éparpillés. Ce livre est subjuguant non pas dans le sens où je n’ai pu le lâcher jusqu’au l’entièrement du jour mais par les passages d’une magnificence époustouflante où mon coeur battait, se rompait pour apprécier le chant des événements. Je crois que me répète mais je suis tombée amoureuse comme une belle écervelée de la plume aiguisée de l’écrivain. J’ai mangé, j’ai dégusté, j’ai aussi réfléchi sur la définition de certains mots, cela m’a motivé pour écrire, à attiser peut-être ma jalousie de m’avouer que je ne dépasserais sûrement pas ce talent un jour. Il est marrant de constater que je n’ai pas grand chose à dire, à analyser, la grande chose qui m’aura marqué est le style palpable de l’écrivain, transcendant les maux et transportant dans les limbes de la narration.

La magie de la littérature prend encore une fois son sens avec La Compagnie des loups qui, loin de se détériorer restera, je pense, un livre phare pour tous amateurs de contes transposés dans notre présent. D’ailleurs Angela, loin de reprendre au mot dit l’univers globale de ces récits d’apprentissage en métamorphose le sens : des jeunes filles enlevées mises aux mains des bourreaux qui prennent pouvoir à leur tour. C’est un essaie sur le féminisme, une satire sur l’illusion des hommes que de condamner la femme à rien d’autre qu’un corps. Ce recueil n’est pas dans le même genre que les livres que l’on vend aujourd’hui, contemporains, racontant une histoire, La compagnie des loups est bien plus, nous fait réfléchir sur des thèmes cachés, sur des secrets voilés, on en ressort grandi plus attisé. J’apprécie énormément la trilogie de Sarah Pinborough : Poison, Charme et Beauté ce dernier je dois bientôt lire et, à elles deux, développent une modernité à leur manière. Nous revenons à l’essentiel des contes de fée : celui de nous éduquer, de nous faire prendre conscience de certaines choses, par la richesse textuel chez l’une, par l’humour et l’intrigue chez l’autre. Choisissez, vous en ressortirez comblé.

Soleil Vert

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Avec un gout amer au travers de ma gorge j’ai la déception ténue face à cet ouvrage dont j’avais tissé quelques espérances. Grâce à mon professeur de cinéma l’année dernière j’ai pu apercevoir le début du film (le générique en réalité avec une musique qui rentre dans le crâne) attirantes photographies cousant une intrigue particulière. Alors, dans la librairie j’ai pu ravir le livre avant de voir le film (principes, principes). Seulement la profondeur des idées développées restent muettes tandis que la surface se noircit par des personnages, des événements, un embouteillage de moments piétinant une trame de base censée s’élever dans un zénith d’intelligence. Reste d’une déception au creux des désirs.

 

Oeuvre de science fiction, les personnages vivent dans un univers dystopique très proche du notre, manque de nourriture, manque de ressource, la population augmente quand la terre stérile ne procure plus rien comme richesse à la survie de la population. Ce fut l’idée centrale expliquée par quelques phrases tout au long du récit ; une diatribe d’un vieil homme également, intelligente, nouée dans la colère d’un peuple de plus en plus grand. Quelques fois j’ai pris peur, durant quelques secondes, monde ressemblant au notre, encore plus à présent qu’il y a quelques années. J’ai médité quelques fois, pas suffisamment toutefois pour ressentir pleinement le discours politique que l’auteur cherchait (peut-être, rien n’est moins sûr) à nous faire comprendre. Discours écologique en avant garde de son temps. Drôle d’effet de voir les précisions, la date aussi de la cette dernière page qui énonce cruellement l’année 2000 comme une déchéance complète. Encore cette terrible désillusion quand j’attendais quelques informations importantes rajoutées dans le film qui ne se trouvent pas dans le livre, informations augmentant les effets dramatiques de cet univers.

 On patauge dans une histoire, un personnage principal sur lequel s’accrochent d’autre personnages, seulement leur psychologie laissent une saveur d’inachevée, de même que les événements s’enchaînant rapidement, les explications ne suivent pas (en tant que lectrice aimant s’immerger complètement j’ai été noyée dans le vide, un néant de superficialité) concernant cette planète à la dérive. Pour le coup, de repères je n’ai pas perdu, pour le coup quand j’ai réalisé que je n’aimais pas lire ce roman la suite de la lecture devint un Everest que j’ai gravi avec difficulté. Une fois réalisé que le récit édictait des faits avec une conclusion (et encore je suis gentille car s’il avait pris ce parti pris en soignant son style, il y aurait peut-être eu autre chose que de la lassitude) sans émotions, sans baffes, sans bousculade (regarde lecteur, prend peur) j’ai compris qu’il n’y avait rien qu’une histoire là pour procurer un semblant de plaisir.

 

Or, ce que je reproche, hurleuse chieuse que je suis (j’assume oui oui) c’est ce manque d’équilibre flagrant, ce manque de motivation de la part de l’écrivain qui allonge ses phrases, les transforment en action sans raison particulière. L’enquête même n’est pas une vraie enquête tout comme la dystopie n’est pas une vraie dystopie. L’écrivain se focalise sur un point important (ici le manque de nourriture) sans apporter autre chose, sans développer sa pensée. Pour cela, pour une idée méritant un discours percutant qu’elle n’aura jamais (sauf dans le film, tous mes espoirs reposent maintenant dans le visionnage de l’adaptation cinématographique) je suis en colère. Il aurait pu faire quelque chose de grandiose et rien n’est pire que ce gout de frustration brûlant sur les lèvres. Amatrice de sensations fortes, de voyages au creux de l’enfer quand je me noie dans les pages, je n’ai eu qu’un simagrée déroutant négativement, une superficialité noyant le bon dans une bourbe d’artificialité. Il tenait quelque chose, une bouillie informe a surgit au lieu d’un big bang d’ingéniosité.

Corniche Kennedy

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Corniche Kennedy c’est une falaise au vent des libertés, au zéphyr des sensations juvéniles, à l’insouciance des actes et paroles crus, puissantes, divines ; Corniche Kennedy c’est un style haché, noyé dans le rythme dynamique, hyper-actif des jeunes paumés de notre société. Il y a du dialogue encastré dans la chair du récit, il y a des descriptions encrées dans les sensations mouvantes, cruelles de ces trois personnages sublimes. C’est surtout une plume qui percute, qui ne laisse pas indifférant. Maylis De Kerangal propose une épopée enfantine, où les adolescents vibrent de leur corps, de leur être, tremblent face à cette recherche de soi tandis que l’adulte rôde sous la personnification d’un personnage rêvant de retrouver sa jeunesse perdue.

C’est un rouleau de sensations, pas de dialogues, ce qui peut perturber le lecteur au premier abord, les paroles sont harmonie avec les descriptions, les gestes des personnages. Dans ce roman le temps va vite, il essouffle, il happe l’esprit, il étouffe, c’est un rythme soutenu, une mélodie où chaque instant dégringole dans un enfièvrement d’actes grisant pour ces jeunes souhaitant une liberté sans borne. En cela les mots, les phrases de Kerangal sont authentique, forts, riches, justes ; ils percent un trou dans le coeur du pauvre lecteur qui suit les aventures, ce sourire aux lèvres tandis qu’il rêve lui même de sauter par dessus le danger, d’affronter sa peur pour devenir plus fort. C’est cela grandir n’est-ce pas ? L’amour nait entre deux protagonistes, l’une est riche, l’autre respire le jeu du masque quand il cache une âme gelée de douleur. Le sentiment bourgeonne non pas de manière niaise, délicate, c’est un déferlement de questionnement, de doutes, d’attirance retranscrit magnifiquement bien. C’est le lecteur qui ressent, avalanche s’écroulant grâce aux longues phrases ne laissant pas de répit. Ce qui est admirable c’est l’enchaînement des mots, des actions, des répliques qui ne forment qu’un tout au long du récit ! Garder un rythme, une harmonie sans longueur est une prouesse, un talent.

Quelques rares fois au cour de cette expérience je n’ai pu m’empêcher de faire la comparaison avec Peter Pan, plusieurs Peter Pan modernes en réalité : la dualité entre l’adulte et l’adolescent est omniprésent, offre un contraste vibrant. Il est vieux policier s’occupant d’histoires criminelles avant de s’échouer sur la falaise, son devoir imposer un ordre illusoire. On pourrait presque dire qu’il a un rôle de muselière face à ces jeunes ivres d’espérances, d’insouciances tandis que ces derniers ne sont qu’émotions pures, brutes ; ils vivent dans la chair, dans le présent, écoutent leur instinct sans se poser de questions, la raison disparaît au profit de la vie simplement, celle du coeur et non de l’esprit. C’est beau de voir les caractères, les comportements différents qui, collés l’un à l’autre augmentent l’état de l’un et de l’autre, entre en collision, se croisent, se rejoignent. Monsieur Vieux est la figure de l’avenir pour ces jeunes à l’avenir incertain, ces jeunes la figure du passé pour Monsieur Vieux.

Déçue cependant de la fin, je n’ai pas compris peut-être ce que l’auteur voulait dire, ce qu’elle voulait démontrer ; c’est un uppercut dans la gorge cette fin abstraite, brouillon qui laisse une trace livide sur son passage. Comme une peinture désagrégée par un coup de ciseau placé sur un élément important de la toile, la fin brise la magie du rythme, la falaise, cette falaise personnifiée, personnage clé du roman s’efface, les trois adolescents et Papy Opéra également dans une écume frustrante. Plus j’y songe, plus je me dis que la fin prête à trop d’interprétation possibles, à trop d’ouverture imaginative ce qui n’est certainement pas le bon choix pour une dynamique aussi dramatique, aussi intense. J’ai refermé le livre avec un gout amer aux lèvres. Pourtant c’est un récit atypique grâce à cette plume enchanteresse, un roman vecteur d’émotion dans une tempête de sensation. Il faut s’habituer au début de cette danse au parti pris de ce style original, un vrai style à la beauté des mots, à la beauté des tournures, à cette recherche d’esthétique permettant une large palette de sensations. La lecture est unique, dépaysante, plaisante.