L’exorciste

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J’avais dit que je lirai L’Exorciste de William Peter Blatty ce mois-ci tout du moins, je l’avais chuchoté dans l’oreille d’une amie qui s’est aussitôt écrié. Une autre m’a encouragé car elle l’avait lu, prédécesseur virtuose des mots, je me laissais tenter avec des souvenirs d’images d’horreurs ancrées déjà dans ma rétine. La couverture n’a rien de monstrueux, simple comme l’atteste le style chirurgicale, clinique, un style de journaliste qui sied bien à sir William ; elle démontre également un détachement certain concernant les personnages. Que cela ne tienne tout peut être dérangeant, angoissant, horrible dans cette œuvre plébiscitée ayant donné naissance au film base qui, encore aujourd’hui est une référence pour les nombreux cinéastes qui se lancent dans la terreur occulte.

Je commençais mon parcours avec des pensées ténébreuses, déjà la peur me serrait étroitement entre ses griffes démoniaque pour ne pas me laisser en paix. J’en ai même fais une nuit blanche pour ne rien exagérer. Je ne sais ce que j’ai trouvé le plus dérangeant et par cela je dis bien que tout, tout est froid, morbide, à l’image même de l’enfer dont il est question. L’enfer ici c’est une chambre, une chambre d’une gamine qui, par son innocence, son insouciance a découvert la table de oui-ja et a, alors, réveillé un puissant démon. William Blatty manie sa plume comme une épée aiguisée qui pénètre allègrement dans la chair du lecteur, de cela le film est resté très fidèle au livre faisant écho à ce sujet macabre. J’étais angoissée, superstitieuse d’ouvrir à nouveau le livre et d’être possédée à mon tour sans explications logiques, de devenir la gamine enfermée dans son corps, prise dans l’étau glaciale d’un démon, une haine pure, massacrante. Cependant, le roman a exercé sur moi un pouvoir de séduction (je ne le lisais pas la nuit) qui ne me laissait pas capable de l’abandonner, jusqu’au bout j’ai suivi les méandres d’horreurs, le parcours du démon, le combat contre le bien et le mal… et le doute. Car loin de rire sous les secrets qu’il dévoile de la chambre métamorphosée en paradis infernale, il s’amuse à causer  des questionnements tout au long du récit au père Karras. Est-ce que l’évangélique fillette est-elle possédée ou bien cela recèle d’une maladie mentale ? J’ai trouvé, d’ailleurs, le temps très long, je n’attendais que l’exorcisme en lui-même car je savais qu’il s’agissait de possession. Mais ce jeu pervers qu’il entreprend m’a clairement dégoûté. Tout un réseau de fils de fer, de citations, de sujets religieux hurlent dans le livre, la fin même prend des tours philosophique qui m’ont laissé coite par la pertinence des propos. Pourquoi un démon irait s’amuser avec une jouvencelle de douze ans ? Prendre le corps d’une petite fille n’est pas anodin, loin de là, et j’y vois clairement la destruction d’une innocence rafraîchissante par un vieillard âgé par la nuit des temps.

Il est des livres qui nous marquent à l’entonnoir, des livres qui bouillonnent entre nos mains désuètes alors qu’on essaie de percer cette richesse, l’esprit de l’auteur. Si j’ai lu ce livre, si j’ai pensé à cet ouvrage depuis le début du mois c’est parce que je voulais comprendre pourquoi une telle œuvre a été édité. Je ne sais si j’ai vraiment capté, j’ai pu analyser certains côtés et d’autre se sont révélés vains : il a pris un sujet tabou dont on ne parle plus vraiment à notre époque des plus rationnelle, où les croyances à l’occulte ont pour traits des superstitions. On ne voit plus vraiment Dieu de notre temps et le Diable n’en parlons même pas. Et pourtant ! Lorsque j’ai terminé ce livre, quand j’ai assisté à ces scènes noires, corrompues je me suis vraiment demandée où il avait vraiment pu tirer de ses paroles et les donner à Pazuzu. Car elles sont remplies de bile, de vomissures. Dans mon humble âme, innocente et naïve je n’arrive pas à imaginer un si ombrageux dessein que de faire du mal autour de l’entourage de la gamine. On en revient toujours au même point soit dit en passant, celui du dérangement prenant aux tripes. C’est une haine pure, de celle intense, impalpables, incompréhensibles. Je n’y ai pas vu d’allégorie de l’être humain, là c’est pire que tout ce qu’on peut imaginer. J’en perds même mon latin. Néanmoins le livre est très bien renseigné, Monsieur William est un journaliste de base et je pense qu’il a écrit ce livre dans cet esprit, alors pour ce qui est des faits et des informations données je lui fais totalement confiance, j’ai appris de nombreux faits divers qui ont pour cause les faits inexplicables.

Cela fait deux jours que j’ai terminé ce roman pourtant c’est comme si j’avais bu de l’alcool un long et fin breuvage de terreur. Je ne m’en remets pas, les délicieuses promesses de ma PAL attendra encore un ou deux jours pour que je puisse ingurgiter ce contenu. Je ne sais quoi dire d’autre au vu de cette critique, je pourrais vous révéler quelques citations que j’ai surligné au cours de mon périple. J’ai d’ailleurs remarqué que le style froid et sans fioritures pouvait offrir quelque chose de très joli ce qui a pour effet de nous faire froncer les sourcils plus encore. Je ne pourrai conseiller cette lecture aux plus courageux, ceux qui ne croient pas aux démons ni aux diables ni au paranormal, les fans de sensations fortes… seulement personne n’est à l’abri s’il n’y avait que ce sujet de fâcheux, il y a ce qui englobe le reste.

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La lettre écarlate

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Lors de mes pérégrinations quotidienne dans ma librairie mon regard s’est porté sur cette jolie couverture au joli titre, folio étant une valeur sûre je savais que je ne serai pas déçu de cette lecture. En effet, ce fut une belle découverte, de part son style délicat, de l’esprit de l’auteur et des personnages façonnant le roman.
Les scènes se mêlent, se construisent dans un écrin d’émotions sublimes, la peur, la tristesse, la compassion, la révolte pour le sort de la pauvre Esther dont on se prend d’affection. L’histoire se déroule dans l’aura lugubre d’un nouveau monde où les colonies et la religion prospèrent tandis que le péché est puni par d’horrible actes ; ainsi il est question du plus dur crime jugé à cette époque : l’adultère. Et pourtant l’auteur ne juge pas, n’insulte pas son personnage qui a fauté, ne l’accable pas de terribles jugement, au contraire. Il pose Esther sur un piédestal d’une sainte, de Marie Madeleine cherchant la rédemption. Elle est décrite d’une manière telle qu’on se lie d’affection, qu’on aimerait la prendre dans nos bras et lui dire que le courage la définit, nous rassure et nous apaise, nous inspire et nous instruit. Elle a porté en son sein une sylphe ou une ange, une enfant, elle aussi merveilleuse tantôt chérubin, tantôt diablotin. C’est un talent de montrer la dualité qui entoure le caractère d’un tout jeune personnage, la décrire comme un personnage de conte de fée.
Les descriptions, d’ailleurs, vivent, vibrent sous les mots, le vent siffle à nos oreilles, les cris, les comportements bourdonnent dans l’énervement du lecteur car Esther, ce brin de femme est jugée comme une paria, vit comme une recluse pour un crime religieux. Le livre a été rédigé à l’époque trouble où le catholicisme était omniprésent dans l’existence des anglais construisant une nouvelle aventure dans les terres immenses, riches et pures de la nouvelle Amérique, pourtant les sentences, les moeurs, la bassesse des colons est réaliste, tellement que plusieurs fois j’ai réfléchi et j’ai constaté qu’à notre époque également, sur d’autre sujet, la méchanceté se trouvait encore dans certaines paroles.
Ce roman reste intemporel car il dépeint l’humain dans sa splendeur et sa misère, l’ouvrage est construit même si les langages et interactions paraissent anciens, dans la manière des ancêtres à manipuler les mots dans une sorte de théâtralité qui dépasse le naturel. Ce sont les descriptions de la nature, cet équilibre parfait entre action et contemplation qui dessinent l’oeuvre d’une forme délicate et extrêmement plaisante. Les émotions, les sentiments, la compassion, et la plume de l’écrivain ajoutent un moment d’égarement intense, un voyage dans l’histoire.

Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins.

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Un chef d’oeuvre dont mes yeux raffolent, il était temps de vous avouer que pour la quatrième fois cette perle de littérature ne cesse de m’éblouir. Je plaide coupable, le film d’Adrien Lynn m’a aidé à relire cette pépite dans le sens où je l’ai regardé plusieurs fois pendant une semaine essayant de déceler les facettes de cette pellicule particulière qui m’a tant plu et éminemment respectueuse des éléments de l’ouvrage. Bien évidemment nous ne pouvions pas demander au réalisateur de choisir une petite fille de douze ans dans le rôle de Lolita car le livre, parlons-en, relate en effet l’histoire d’une relation pédophile. L’oeuvre dérange, fascine, déroute, horripile. Qui ne connait pas encore Lolita devrait se jeter sur les tables des marchands humant ses pages admirables !

Je ne suis pas de celle qui cautionne la pédophilie loin de là, et je pense que personne ne pourrait approuver un tel acte, pourquoi alors, ce livre fut un succès phénoménal à sa sortie dans les années 60 ? Tends-je à proposer une réponse dans ma diatribe, celle du style magnifiquement ouvragé qui nous est proposé dans les lignes de ce roman, celle de la poésie qui ensorcelle les lecteurs avides de beauté. Des sous-entendus effrayant par leur animalité et ce qu’ils rejettent de monstruosité, des métaphores coulant entre toutes les pages, de nombreuses figures de style à me faire pâlir par mon non talent face à un chef d’oeuvre encore gravé dans notre époque actuelle. C’est plus qu’un tableau de relation malsaine, ambiguë que ce coquin nous peint ; c’est une fresque gigantesque sur les mœurs des Etats-Unis il y a plus de cinquante ans environ. Et pourtant ! J’ai ressenti grandement les émotions des personnages, j’ai vécu la déroute, la vadrouille, les désirs de ce personnage richement complexe. J’ai assisté aux événements sans me lasser, prenant un temps large pour déguster les mélodies de cette littérature. Bien évidemment Lolita nous fait réfléchir, nous cogne sur la tête par ses nombreux secrets dépecés à chaque relecture, à chaque année. Je vous le dis, l’unique livre qui arrive à m’encenser, à me fasciner si un monstre des marécages me poursuit en me posant cette question redoutée, je lui déclamerais qu’il s’agirait de celui-ci !

Excepté ce côté affreusement scandaleux d’aborder un sujet malsain comme Nabokov a osé le faire ; c’est de son personnage principale, le narrateur qui interpelle, qui obsède, qui dégoûte par ses mémoires. Quatre fois ! Quatre fois lectrice pour découvrir que celui-ci portait tous les défauts de la terre ! De nombreuses discussions enchaînées par des amies, l’une me disait qu’elle l’exécrait, l’autre me disait qu’elle l’adorait… je m’embourbe dans la négation de l’affection pour une première fois. Humbert Humbert passionne les psys je n’en doute pas car il porte sur ses épaules toutes les maladies du monde : narcissisme, cruauté, sadisme… et pourtant il n’en demeure pas moins un homme avec toutes ses faiblesses. Quand on le remarque cela ne rend pas moins le livre plus effroyable. Comment a-t-il osé écrire des pages, noircir des pages pour exprimer un amour à une petite fille ; certes cela aurait été beau mais n’oublions pas le sujet principal. Cela traîne sur tous les mots ce goût métallique de la perversion et, les comportements de ces prédateurs sexuels sont concordant, très bien expliqués liés dans l’histoire elle-même. Par une explication (car je grappille des essaie sur de nombreux sujets) j’ai appris que dans les années 50 les gens ignoraient tout de la pédophilie, pour eux ce fut impensable de s’imaginer un acte pareil !

Le livre démontre encore une fois son pouvoir intemporel car ce sujet brûle sur toutes nos lèvres ou, tout du moins hante nos esprits quelques fois bien qu’il soit correctement tabou dans nos société : on n’en parle pas. Devrait-on lire ce roman sachant que ce sujet épineux est relaté d’une manière méticuleusement formidable par le style de l’écrivain ? Ou bien devrait-on s’offusquer pour une mise en abîme de ces monceaux de crimes ? Je ne préviendrais pas que les descriptions s’enchaînent, que certains risqueraient de laisser l’œuvre à le renverse par un flot de paragraphes qu’ils considéreront indignes d’être lu (je le répète dans ma démesure de fanatique à aime ces pages d’images ; la description est importante pour s’apercevoir du caractère et de l’état des personnages, en l’occurrence ceux-ci nous dépeigne une Amérique esclavagée par le rêve Américain qui est raillé par la plume de l’artiste). Je vous laisse à cette pépite si vous le courage vous en dit, un drôle étrange sentiment vous ceinturera l’abdomen quand vous le refermerez ; une expérience appétissante, dérangeant que Lolita.