Fay

51roh6lwpdl-_sx195_L’apaisement est anesthésié par un courroux ardent, une rage bâtie de fer blanc, de mots douloureusement simples, douloureusement pâles. La plume de Larry Brown sonne la trompette de la lassitude, les descriptions fades semblent étudiées pour percer au cœur du lecteur une simagrée de tromperie de qualité. La quatrième de couverture s’arrange pour un monde noir, glauque, malsain, une débandade d’émotions qui se révèlent, au final, une corolle de niaiseries, une eau calme, stagnante, croupie même. Alors la colère nait, pire encore, la phrase survient dans une pluie de culpabilité vite rejetée cependant : ce livre me fait mon temps. Rare sont les fois (deux) où un livre fut aussi abject à ma vision de la lecture, habituée à terminer, cette-fois ci j’ai lâché mollement, la jolie couverture me tombant littéralement entre mes mains tremblantes.

Il commençait bien cela dit, in médias res, la fillette vogue sur une rue désolée, rue américaine, paysage de campagne où les maisons s’entrechoquent par leur architecture homogène, elle est là, perdue, déboussolée, un oiseau sanglant dans la brume d’une matinée morne. On s’approche doucement, curieux de suivre ses pas tandis qu’elle donne, bienveillante, un billet symbolique sur la table d’une cuisine inconnue. Son périple se poursuit, prise par des loups dans une bagnole insipide, elle est cette gosse pas finie, un pied dans l’enfance sublime, un pied dans la tourmente d’une personnalité vide de sens, une psychologie incohérente. Les dialogues se poursuivent, la longueur, ensuite, de ce récit sans saveur s’inventent en grande conquérante. Des Ok se mêlent au « tu fais quoi », des questions routinières se mélangent des répliques vides, mortes. Alors l’espoir s’éteint, la flamme se délite dans une tornade de trahison. La quatrième de couverture disait… Oui elle s’exclamait d’une histoire saoule d’un voyage au cœur de l’enfer, par cette enfant se cherchant elle-même. J’attendais un roman d’initiation, voir un thriller ; une histoire émouvante, recherchée, construite sur des visuels malsains, des contrées en ruines, et les personnages façonnés par une plume auréolée de talent. Je n’ai rencontré qu’un style insipide, une tasse d’eau de mer, de flotte amère.

Je n’étais pas prête à cette médiocrité de pages et de pages, la longueur ne me dérange pas mais les routinières scènes me déplaisent, la littérature sublime le présent, embellit ou enlaidit les moments banals, discute avec le lecteur d’une vision de la vie, la littérature c’est la montagne sacrée d’une vie vécue par procuration, une invitation des mots à s’engouffrer dans un imaginaire devenant par magie une réalité intime. Ici ce fut un enfer, un Everest à franchir, un obstacle, un texte qui promettait quelques trésors, l’écrivain a souhaité écrire une observation de cette société américaine peut-être, mais les éléments flottent dans un lac de boue, les sujets sont traités en une phrase vite consumées par les dialogues transparents, énervant ensuite quand le lecteur perd patience. J’ai perdu le maigre lambeau de cette vertu que l’on nomme patience par un taux d’ennui largement supérieur à ce que je peux supporter. L’amour aussi est présent, mais là aussi, ce fut dramatique, un homme, une femme, certes ; mais les sentiments sont mornes, sans existence, éphémères, ils s’embourbent dans une intrigue en dent de scie, les scènes se montrant épiques, un summum de sensation n’offrent qu’un résidu de  désespoir. C’est à se cogner la tête contre un mur.

La couverture sauve le contenu en réalité, cette image aquarelle, mystérieuse ; le récit s’effondre dans un étau d’insuffisance, de maladresse, il est sans passion, il est pathétique de néant. Je suis, pour une fois, une lectrice bafouée dans ses gouts, une lectrice qui, heureusement, a su libérer le bouquin à temps, ce temps qui aurait dévoré une envie de lire. Je n’ai su arriver jusqu’au bout, mais, ayant survolé la dernière page je sais que la fin aussi est tout aussi frustrante. Quand on regarde un peu mieux, on pourrait se dire que l’auteur possède le mérite, tout de même, de rester fidèle à son ambition de pondre de l’inoccupé.

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6 commentaires Ajouter un commentaire

  1. C’est dingue ce que j’aime la marginalité de tes billets, ton écriture te démarque vraiment de la blogosphère, d’une chronique dite classique. J’aimerais pouvoir écrire mon avis aussi joliment que le tiens.
    Tes mots sont puissants, poignants, et on comprend très bien ton ressenti à travers ta plume, c’est saisissant à quel point tu n’as pas aimé ce livre. Mais tout ça, tu le transmets avec une sorte de poésie. Le seul mot me chiffonnant là-dedans est « médiocrité », qui dénote de cette touche justement poétique, et qui est peut-être un peu trop objectif, mais ce n’est que mon ressenti.
    Tu donnes quand même envie de découvrir ce livre parce que la manière dont tu en parles est très mystérieuse, du coup ça donne envie de tenter l’oeuvre, mais avec un à priori derrière comme bon, tu es très claire sur le fait que ce bouquin a laissé à désirer pour toi.
    C’est donc une très belle chronique !

    1. AMBROISIE dit :

      Tu ne sais même pas comment ton joli commentaire me donne envie de continuer d’écrire pour toi, pour vous.
      Non j’ai pas du tout aimé ce livre au point je suis persuadée qu’il m’a fait perdre mon temps alors qu’un livre, par définition ne te fait pas perdre ton temps. Du coup je suis pas du tout objective. Mais disons que ma vision de la littérature, des livres, ce sont d’être des vecteurs d’émotions et là nada. Rien du tout.
      Si tu le lis je suis très curieuse de connaître ton avis, je me montre très dure envers les livres que je n’aime pas, c’est un rejet total TT

      1. Il faut vraiment que tu continues as écrire en tout cas, tu as vraiment une belle plume. ♥
        Je te comprends tout à fait, on m’a pas mal reproché d’être trop impartiale avec des avis négatifs, trop dure ou autres. Mais il faut dire les choses telles qu’elles sont !
        Je ne sais pas si je le lirais, mais si j’ai l’opportunité de l’emprunter à la bibliothèque pourquoi pas essayer. ^^

      2. AMBROISIE dit :

        Mais c’est ton avis et c’est tout ce qui compte, de toute façon une chronique n’est jamais objective nous ne sommes pas des robots. Et c’est d’ailleurs d’autant plus passionnant de se confronter à un autre point de vu ! Bah il est vraiment ennuyant et la plume c’est pire que tout, j’ai été envahi par les verbes êtres et des phrases sans vie, sans valeur.

      3. Je ne te promets vraiment pas d’essayer ce livre haha, c’est assez rebutant honnêtement. Mais bon, j’espère que ce livre a pu plaire à certains lecteurs.

  2. Maned Wolf dit :

    Ahh, je comprends pourquoi tu l’as arrêté du coup ! C’était probablement une sage décision 🙂
    Toujours beaucoup de poésie et d’apaisement dans cette chronique comme dans les autres, malgré ton énervement, c’est une jolie prouesse !

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